Le podcast d' ODISLE - Ô, dis-le !
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Coulisses de création
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Coulisses de création

de l'album "SECRETS SANS SUCRE"

Chère communauté fêlée et lumineuse,

me revoici pour le podcast “Coulisses de création” de l’album “SECRETS SANS SUCRE”. Pour mettre en mots et en musique l’indicible, et laisser passer la lumière à travers nos fêlures.

Alors je l’avoue bien humblement en baissant les yeux, ma surprise promise la dernière fois n’est pas encore tout à fait prête. Mais elle se prépare !

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter une histoire. L’histoire du titre de l’album “SECRETS SANS SUCRE”.

Lors d’un énième stage de thérapie-développement personnel pour chercher ce qui pourrait bien m’aider à me sentir mieux dans ma vie… J’ai vécu une folle journée dont je garderai toujours la mémoire.

D’abord, 1ère étape du processus, nous avons dû nous mettre en petits groupes pour brainstormer sur un sujet qui n’avait pas particulièrement d’intérêt, sinon je m’en souviendrais. Mais là n’est pas le propos. Tandis que les idées et les mots fusaient, en mode tempête du cerveau, une participante m’a brusquement arrêtée pour censurer mon idée, selon elle, hors sujet.

En bonne experte des processus de créativité que j’étais, j’ai rétorqué qu’en brainstorming, aucune idée ne pouvait être mise de côté. Et puis voilà, l’exercice a pris fin. Personne ne semblant prêter attention à ce tragique accident.

Oui parce que moi, je restais avec cette censure en travers de la gorge, ruminant que telle n’était pas la règle pour un brainstorming et qu’elle n’avait pas le droit de m’interrompre comme ça etc etc etc.

Deuxième étape du processus pour moi : j’ai brusquement pris conscience qu’une énorme colère était en train de bouillonner en moi façon potion magique, et ce alors même que ce que j’avais dit, et le sujet du brainstorming ne m’intéressaient pas particulièrement. J’ai donc pu identifier que ce qui provoquait tant d’émotion était le fait même d’avoir voulu me faire taire.

Troisième et dernière étape de CE processus, un peu plus tard dans la journée, autre atelier. “Identifiez la personne avec laquelle vous avez le moins d’affinités dans le groupe, et dites-lui ce que vous n’aimez pas chez elle.” Attendez, attendez la suite, la consigne n’est pas aussi tragique qu’il n’y paraît. “Remerciez-la de vous avoir permis d’identifier quelque chose qui ne lui appartient pas, mais que VOUS avez à regarder à l’intérieur de vous.”

Vous l’aurez deviné, j’ai vite trouvé à qui m’adresser pour réussir l’exercice. Et j’ai dit merci du fond du coeur à cette personne, qui m’a permis d’identifier une blessure immense chez moi - celle de n’avoir pas voix au chapitre, de ne me sentir ni vue ni entendue.

Forcément, dans ma famille, je ne supportais déjà pas moi-même les silences, ni les non-dits, alors je posais des questions - ce qui agaçait déjà pas mal de monde - et j’obtenais parfois des réponses, parfois des colères, pour me faire taire, car j’agaçais tout le monde avec mes questions, surtout lorsqu’elles tombaient pile poile sur des sujets qu’on voulait garder secrets.

Sauf qu’on m’avait appelée Odisle. Celle qui dit. Alors tant pis, telle est ma mission de vie, je mets en mots ce qui est tu. J’ai longtemps cru que je devais choisir mes mots autrement, mieux, plus finement, pour ne pas provoquer de tempêtes, pour ne heurter personne, alors j’ai étudié la littérature, le latin et le grec pour être trilingue en français et réussir à dire ce que j’avais à dire sans blesser personne.

Mais hélas, je disais encore et toujours des choses dont PERSONNE ne voulait entendre parler et donc… je me faisais toujours rabrouer. Voilà pour la première partie du titre : SECRETS.

Puis vint le sujet des émotions. Peut-on mettre en mots les émotions ? La réponse est non. Arrête de pleurnicher. C’est bon. En revanche, ce que j’ai découvert au coin du feu, chez les scouts, c’est les chansons. Et dans les chansons, ça parle toujours d’émotions. Cette langue-là est autorisée, quand y’a de la musique, le coeur bat plus vite… C’est ainsi que j’ai compris que peut-être, c’était comme ça que je devais m’exprimer.

Pour ce qui est de l’amertume, du sucre ou des édulcorants, je dois rendre hommage à mon fils qui avait ce sens poétique qu’ont tous les enfants… j’adorais quand il me disait, les yeux brillants, en pliant sa main près de mon oreille : “Maman, je vais te dire un sucré”.

Magique non ? J’adore les mots d’enfants. Que de perles ! C’est aussi Arthur qui m’a inspiré le début de ma chanson “tentative d’évasion” - avec le monstre de compagnie. Ne comprenant pas le titre “Monstres et Compagnie” du dessin animé de Pixar, il voulait toujours voir “Monstre de compagnie”. C’est tellement joli. Je l’ai repris.

Enfin… SECRETS SANS SUCRE. Bien sûr ce titre m’est tombé du ciel comme une évidence, quelques mois après ma levée d’amnésie traumatique et les cauchemars qui m’ont plongée dans un mutisme total. Plus rien ne pouvait sortir de ma bouche que du silence, tant ça criait à l’intérieur. Premier cauchemar, première chanson. J’sais pas dire non. Démarrage d’un nouveau processus pour sortir enfin de la confusion.

Un album de chansons sur la question de l’inceste. Parce que oui, je suis celle qui dit. Parce que non, je ne vais pas édulcorer. Mais y’avait une langue à inventer. Pour retrouver la clarté.

Nommer, et en vers, pour remettre les choses à l’endroit. Le oui, le non, et un éventuel pardon qui ne peut venir que lorsque l’offense est nommée. C’est d’ailleurs cette phrase du Lévitique, reprise par Mary Balmary dans Le sacrifice Interdit, qui m’a - ces temps-ci - beaucoup accompagnée : “Admoneste, admoneste ton prochain, ne te charge pas de sa faute. Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” Mais bon, je ne me lance pas ici plus avant sur ce point. Ce sera pour une prochaine fois. Reprenons. Oui. Nommer l’offense. Sinon tout reste confusion - Babel (confusion, c’est la traduction du mot hébreu Babel) - tout reste confusion, de génération en génération. Comme je le dis dans l’une de mes chansons, en paraphrasant le psychanalyste Bruno Clavier, “ce qui est tu est répété”. Et moi, je veux sortir de ce cycle sans fin - je veux nommer, pour pouvoir recréer du lien, même si… j’en conviens… ça fait pas bien.

Tant pis. Je vais dire. Et c’est parti.

Voilà c’était le premier épisode du Podcast ODISLE - coulisses de création de SECRETS SANS SUCRE… des émotions aux mots et aux chansons, j’espère que vous aurez eu plaisir à l’écouter, avec profondeur et légèreté,

C’était Odisle

Ô, dis-le ! Pour oser s’émerveiller, oser dire, et créer du lien, entre humains.

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